Il me faut de l’eau !
- Lili ! Non ! Ne t’approche pas de l’eau ! Cette année, la mer est remplie de méchantes méduses qui peuvent te faire beaucoup de mal. Et reste près de moi, d’accord ma puce ? Sur la plage aussi se promènent de vilaines créatures…
Compréhensive, ma fille de 6 ans décide de poursuivre son château de sable à l’aide de son seau Winnie L’Ourson. Je la sens cependant déçue de son œuvre.
- Qu’est-ce qu’il y a ma puce ? Il te plait pas ton château ? Moi je l’aime beaucoup.
- C’est pas ça mais j’ai creusé les douves tout autour et maintenant je dois les remplir d’eau pour barrer la route aux dangereux chevaliers.
Je m’émerveille devant les connaissances de ma fille. A son âge, j’ignorais tout des douves et des chevaliers. Toutefois, cela ne me surprend pas. Elle passe son temps à la bibliothèque municipale. Je lui explique que ce n’est pas bien grave. Qu’elle n’a qu’à se figurer que les douves sont bel et bien remplies. Que les chevaliers sont encore bien loin pour l’instant.
J’ai confiance en elle, je sais qu’elle n’ira pas cherché d’eau. Je me replonge donc dans ma sieste, sous ce timide soleil de mai, confortablement installée sur le matelas gonflable.
Un des rares couples près de nous s’engueule. Pour ma part, finies les disputes conjugales. Mon mari est mort à l’automne dernier. Cancer foudroyant. Mais au moment où je me replongeais dans l’enfer de mes souvenirs, le couple attire mon attention. Non pas parce qu’ils hurlent trop forts, mais parce que justement leurs cris ont cessé tout d’un coup. Je me redresse pour comprendre ce soudain silence, mais en fait ils sont tout bonnement partis. Ils s’éloignent vers le parking. Je perçois quand même quelques bribes de leur échange, qui est, ma foi, toujours aussi féroce :
- Je t’avais bien dit de regarder les horaires des marées ! Tu sais très bien que je déteste avoir les pieds dans l’eau ! Imbécile ! Bon à rien !
- Mais… chérie… Je t’assure que la marée ne devait être haute qu’à partir de 19h…
C’est vrai. Cet homme ne ment pas. J’avais moi-même regardé. Mais alors, quel est le problème ?
Je me retourne pour faire face à l’océan et je m’aperçois que la mer est en train de monter. Et rapidement en plus. Etrange. Anormal. Les quelques badauds, venus bronzer comme moi, se hâtent de ranger leurs affaires et de déguerpir. La scientifique qui sommeille en moi trouve ce spectacle des plus extraordinaires. S’agit-il d’un tsunami ? Non. Il n’y a pas de grandes vagues dévastatrices. Juste une marée imprévue et exceptionnelle.
Le flot de mes pensées ne cesse que quand je me rends compte que l’eau n’est plus qu’à 25 mètres de moi. De nous. Merde. Lili ! Introuvable. Oh non Lili qu’as-tu fait ? J’ai beau regarder partout, ma petite chérie reste invisible. La panique s’empare de moi. Que faire ? L’eau caresse déjà mes pieds. Malgré la mer qui m’éblouit, je vois au loin un petit seau à l’effigie d’un ourson. Winnie L’Ourson. NON ! Pas ma fille ! C’est tout ce qu’il me reste. Malgré mon interdiction, elle a dû s’éloigner. C’est ma faute. Je rugis ! Je ne veux pas perdre ma fille. Je vais la retrouver. Mais, inconsciemment, la vérité me grignote peu à peu la seule source de bonheur qui me restait.
Abattue, je m’écroule sur le matelas.
A présent, l’eau a dû atteindre quelques mètres de hauteur. Depuis combien de temps suis-je ainsi étalée ? Je me relève et me rends compte que l’océan m’a emportée jusque dans le centre-ville. Tout n’est plus qu’eau. A perte de vue. Après tout, la banquise était déjà très fatiguée depuis plusieurs années. Elle aura fini par fondre complètement. De toute façon, moi, j’en ai plus rien à foutre. J’ai tout perdu. Je ne veux que mourir. Pas question pour autant de me jeter dans l’eau pour m’y noyer. Elle est infestée de méduses. J’ai horreur de ça. Mais j’aperçois au loin la pharmacie submergée. Des tonnes de médocs qui flottent. J’attrape quelques boites au hasard. Un petit cocktail de toutes ces petites pilules devrait m’emporter bien loin de cette Terre qui meurt, qui se noie. Dans quelques minutes, je vous aurais retrouvé mes anges.
Durant mes dernières minutes, je repense à ce couple sur la plage. Que sont-ils devenus ? Sans doute pris au piège dans leur voiture. Triste fin. Et puis les autres ? Jusqu’où s’étend cette marée désastreuse ? J’ai bien peur que ce ne soit la fin du monde. La mienne est proche. Je le sens. Alors je pense à ma fille. Et je pars sereinement en me disant que son dernier vœu a été exaucé. Les douves de son château sont à présent remplies.
Un texte de Laurie Chauvet. Tous droits réservés.
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Jolie nouvelle ma chérie ! On dirait presque que c’est ta énième et pourtant c’était la première que t’écrivais…
Belle histoire, bien menée, jolie chute… j’adore
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Merci mon chéri d’amour! Les tiennes elles sont toujours super créatives et farfelues, je me demande où tu vas les chercher. ça doit être ça qu’on appelle le talent
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Houa moi j’ai adoré! dsl niko mais je préfère celle de Laurie!
J’aime bcp la fin aussi, le rappel avec les méduses c’est très bien joué!
J’espère que tu seras inspiré je suis impatiente de lire une prochaine nouvelle de ta main!
beh merci beaucoup alice! c’est très gentil ! je sais que toi aussi tu écrit parfois donc n’hésite pas
!!
gros bisous
Des larmes pour inonder les douves du château, voilà ce qu’il me reste. Félicitation, une nouvelle très inspirée, très réussie.
Bonne continuation pour les prochaines car j’ai crû comprendre que c’était la première.