Il était une fois un dragon
Bonjour.
Je suis un dragon.
Etrange non ? Un dragon qui cause et qui raconte sa vie… Vous en connaissez beaucoup vous des dragons comme ça ? Moi pas, tous mes semblables sont pour la plupart brutaux et sanguinaires.
Je me rappelle de tout. Tout ce que j’ai fait au cours de ma vie depuis ma naissance. Foutue coquille d’œuf qui ne voulait pas se fendre mais je l’ai brisé et j’ai vu pour la première fois le jour et ma maman. C’était une dragonne formidable ma maman. Une dragonne magnifique avec ses écailles violettes qui se reflétaient au soleil du midi et son regard si pénétrant avec ses grands yeux verts chatoyants qui donnaient l’impression de ne rien pouvoir lui cacher.
Pendant plusieurs jours, elle m’a ramené à manger des petits animaux comme des sangliers ou des renards. Une fois, j’ai même failli m’étrangler avec les bois d’un cerf. Je n’en ai plus jamais mangé.
Et puis le jour que je redoutais le plus est arrivé. J’ai du voler de mes propres ailes. Pas dans le même sens que vous les humains. Je n’ai « volé de mes propres ailes » que quelques décennies plus tard. Non, je parlais de prendre mon envol au sens propre du terme. Car voyez-vous, j’ai des ailes. Quand je suis né, elles étaient toutes fragiles mais en l’espace de quelques jours elles se sont fortifiées et je m’amuse à les déployer puis les ranger, les déployer puis les… Assez, gronde ma maman, envole toi! Et comme j’hésite à sauter elle me pousse sans délicatesse hors du nid.
Je tombe. Pourquoi je tombe ? J’ai des ailes comme maman. Je peux voler. J’ai vu maman faire plein de fois s’envoler et atterrir. Il suffit de sortir les ailes et de faire comme si on allait sauter. Encore que là, j’aurais du mal à sauter vu que mes pattes ne touchent pas le sol… Pas le temps de penser à ce genre de choses sinon je vais finir broyé par terre. Il faut que je déploie mes ailes. Mais mon cerveau refuse de fonctionner. Je revois défiler toute ma vie : le jour où maman m’a mis au monde, le jour où j’ai vomi mon cerf pour ne pas étouffer, le jour où maman m’a poussé dans le vide. Dis donc, ça fait pas beaucoup de jours ma vie. C’est triste si tout finit déjà. Alors je prends sur moi et je déplie mes ailes. D’un coup ma chute ralentit puis se stabilise. Vous allez pas le croire si je vous le dit mais là je vole.
Je me sens libre comme l’air. Je fais des loopings, des grands huit et je m’amuse à percer les nuages qui humidifient le cuir épais de mon échine. Je reviens triomphant de mon baptême de l’air. Maman est fière de moi et je m’endors paisiblement à coté d’elle en rêvant que je vole sans jamais m’arrêter.
Aujourd’hui je suis tout excité. Maman va m’apprendre à chasser. Je vole dans son sillage et soudain elle repère une proie et file en piqué vers celle-ci. Le pauvre ours est bien trop lent pour maman. Elle ouvre grand sa gueule, l’attrape avec ses dents puis se pose lourdement sur un rocher. Puis elle le déchiquette un peu partout. Ca à l’air marrant. Alors je me mets moi aussi à l’affût d’un gibier et j’arrive à chopper une belette au bout d’une heure. Bof, c’est plus dur qu’il n’y parait mais maman dit que c’est pas si mal que ça pour une première fois.
Tous les matins, dès l’aube je vais chasser tout seul. C’est que je m’améliore. J’ai même fait la peau à une licorne l’autre jour. Maman m’a félicité pour cette belle prise de chasse. Et aujourd’hui les affaires sont plutôt bonnes : j’ai déjà repéré un loup qui m’a l’air bien succulent. Mais malheureusement pour ma pomme, je n’ai pas vu qu’il avait ramené ses copains. Une meute de loups enragés m’encercle et je me dis zut. Ils sont trop nombreux pour moi et je ne peux plus m’envoler : deux loups sont déjà sur mon dos et essaient de lacérer mon armure d’écailles. Les imbéciles, ils ne sont pas au bout de leur peine. Aie, je me suis peut être avancé, je sens du sang qui coule de ma nuque. Bah ça fait mal. Et alors le chef de la horde commence à charger et je commence à baliser parce que le chef de la horde, il a des dents deux fois plus grosses et deux fois plus nombreuses que les autres. Je ferme les yeux et j’appelle très fort maman mentalement même si je sais que ce n’est pas cela qui va me protéger.
Et puis mon instinct de dragon se réveille. Maman ne viendra pas et je dois me débrouiller tout seul comme quand j’ai appris à voler. A lors je rouvre les yeux et au moment où la mâchoire du chef loup s’apprête à se refermer sur moi, je lui souffle mon haleine de feu en plein dans sa jolie petite gueule. Il est littéralement propulsé en arrière et se fait carboniser jusqu’aux os. Une seconde après mon souffle enflammé, le fier loup n’est plus que cendres.
Je ne comprends pas comment j’ai fait ça mais je sens une agréable sensation qui parcoure mes papilles. La puissance des flammes me laisse un agréable petit chatouillement au palais et me réchauffe la gorge. Les loups reculent car ils craignent le feu. Puis quand je me tourne vers eux ils s’enfuient et je les dégomme tous un par un à coup de salves embrasant tout sur leur passage. J’aime vraiment être un dragon. Pour le dernier loup, je réduis la puissance de mon tir histoire de goûter un peu parce que les cendres ça me fait éternuer plus qu’autre chose. La bête s’avère délicieuse et me change des steaks de sangliers saignants que je m’enfilais depuis plusieurs jours.
Mille ans ont passé. Je suis aussi grand que maman maintenant depuis déjà plusieurs siècles. La force qui coule dans mes vieilles veines est en train de diminuer, je le sens. Il est vrai que je me suis encroûté dans ce château à garder prisonnière cette niaise de princesse en haut de son donjon. Mais sinon c’est plutôt un job tranquille. Jusqu’à ce soir du moins. Prince Charmant est venu se la jouer et le voilà qui se pavane devant moi, dragon, roi des chimères. Mais je ne me plains pas. Vous savez quoi ? L’homme est super bon. Croquant et juteux à la fois. Un vrai délice et celui-ci tombe à point parce que je commençais à gargouiller. Cependant je ne me réjouis pas trop vite. Ok, il a l’ai plutôt bien pourvu question chair tendre le bellâtre mais une fois que tu retires l’armure, la cape et le casque, je peux te dire qu’il n’y a pas grand-chose à gratter en dessous. Enfin bon, l’homme étant feignant, il dispose toujours d’une monture avec lui donc ça comble un peu les petits creux.
Avant de le bouffer, je le laisse d’abord faire son show deux minutes avec son cure-dents que vous appelez « épée » et sa coquille de noix « bouclier ». Puis histoire de m’amuser un peu avant le casse-croûte je lui crame les petites plumes de son fier heaume qui perd soudain de son superbe ainsi que le porteur juste en dessous. Puis gourmand oblige, je décide de finir le boulot avec mes crocs mais le saligaud est coriace et bouge vite. Après une habile roulade entres mes puissantes pattes, le casse-dalle se retrouve derrière moi. Je m’apprête à balayer ce fauteur de troubles avec ma queue hérissée de méchantes pointes mais il se passe alors un truc étrange. Du sang coule. Et ce n’est pas le sien.
J’enrage. On ne m’avait pas blessé depuis l’attaque des loups. Je vais saigner ce type, je vais me le faire ouais. La plupart de mes semblables sont brutaux et sanguinaires? Moi je suis démoniaque, cruel et sadique. Je n’ai pas de pitié et je ne me réjouis que dans le sang des autres. J’ai vaincu en duel de nombreux dragons et je suis probablement un des derniers. Comment ce petit homme peut-il oser m’affronter et me blesser au genou. Je suis furax. Tellement en colère que ça fait mal là. J’ai mal. Je reprends mes esprits et regarde stupidement la lance qui traverse douloureusement ma poitrine. Ca fait si mal, surtout quand cet odieux personnage retire son arme sauvagement pour finalement se raviser et me la replanter dans la gorge. Je tombe.
Je tombe au ralenti et ça n’en finit plus. Déploie tes ailes, me gronde une voix qui m’est bien familière. Je me rappelle. C’était la douce voix de maman après m’avoir poussé du nid pour m’apprendre à voler. Cependant là, j’atteins avec fracas le sol et les tours de la forteresse tremblent au contact de ma masse corpulente avec les froides pierres de l’endroit que je garde depuis si longtemps. Ma vue se brouille. Le chevalier s’en va délivrer sa poufiasse blonde. Je déteste les happy end.
J’y vois plus rien. J’entends plus rien. Je sens plus rien.
La force qui coule dans mes vieilles veines est en train de disparaître, je le sens.
Je suis un dragon.
Adieu.
Un texte de Guigui. Tous droits réservés.
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A Guigui! quelle formidable histoire.
Dire que j’ai failli la jouer à PROMO…
Jadore :)
Continue à écrire
yep snoopy!
merci pr ton com et tes encouragements!
bravo à toi aussi!
et tkt je t’écrirais un sketch un de ces jrs