L’enfant dans la forêt
La voila, elle vient à moi; grande, belle et empoignante. Je la redoute et pourtant elle me tente, la PEUR.
Ici, dans ce bois sombre et profond qui m’entoure, c’est la reine. Les étranges bruits et le vent qui souffle déroulent sous ses pieds un tapis de soie rouge.
Je sens ses mains froides remonter dans mon dos et je sue. Elle fait vivre en moi des suggestions de l’effroi, des drames sanguinaires, des déments aux yeux fous arpentant la forêt la hache à la main, une tête ensanglantée à la ceinture.
Alors, poussé par un élan inconnu, je l’embrasse et elle m’aveugle, m’obnubile, immobilise mes moindres pensées. Je tremble de tout mon corps.
J’allume la lampe de poche et vérifie que la tente est convenablement fermée. Les ombres des arbres mouvant à la brise font de mes idées une paranoïa aiguë. Les comparant à des bêtes, les prenant pour quelques démons assoiffés d’âmes perdues.
Recherchant une quelconque protection, je m’enfonce au plus profond du duvet, refermant au dessus de ma tête ce bouclier de fortune. Persuadé qu’au dehors, la lumière éloignera les êtres néfastes.
Elle est là, bien ancrée. Je la sens me triturer les boyaux. Elle vole mes forces et mon courage, la PEUR. Mais pire qu’elle, la peur “d’avoir peur”. La peur de faillir. La peur de ce manque de courage qui donne l’avantage à l’inattendu. Car un homme sûr de lui se donne une consistance en force. Un mur sans faille exploitable, un guerrier. Alors que la PEUR arrache une parcelle du mur, une simple brique qui surprend. Un oiseau qui s’envole fait alors palpiter le cœur, tressaillir le corps. J’ai peur.
Seul, je ne trouve aucun puits où puiser le peu d’eau qui m’aspergerait le visage pour me réveiller de ce cauchemar. Au moindre son suspect, au moindre craquement de branche, je me tasse un peu plus.
Finalement, je ressort timidement la tête de mon abri. Comme si à l’instant même où elle serait à l’air libre, des crocs acérés et de mortelles griffes allaient la tailler en pièces. Ce geste risqué est tout calculé en réalité. Car nécessaire à scruter les silhouettes qui naviguent sur les courants voutés de la toile de tente.
La lune est claire, elle rapporte des histoires sur mon toit. Malgré le halo lumineux de l’ampoule, la sœur satellite parvient jusqu’à moi.
Enfin je suis bien. Qu’importe les loups-garou et les vampires, ils s’évaporent, ils ne sont plus. Tout ce qui est, tout ce qui reste, c’est le rêve. C’est les yeux rivés sur la voûte du ciel nocturne. Tout ce que je ressent désormais c’est l’amour de Gaïa, la tendresse du monde, l’immensité de l’univers.
Je revois alors le sourire de mon père et je pleure. Ou plutôt, une fine larme de joie s’écoule sur ma joue. Et, attirée par la terre mère, elle roule vers mon lobe où elle fait une halte avant de se laisser chuter tendrement vers le sol.
Les bras derrière la nuque, allongé, le duvet au niveau de la taille, je respire. J’aspire cet air pur et le garde en moi. Puis je le rend à la nature, transformé par mon être. C’est ainsi, c’est un beau partage. Partage sur lequel je m’endors et fait les rêves heureux d’un enfant de mon âge.
Un texte de 814. Tous droits réservés.
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